“Maman, j’ai faim !”

Simone, une mère monoparentale, n’en peut plus des crises matinales d’Emmy, son enfant âgée de 5 ans. Elle fait donc appel à un psychoéducateur pour obtenir du soutien.

Psychoéducateur : Bonjour madame Simone. Je vous écoute. Que se passe-t-il entre vous et Emmy ?

Simone : Mon enfant fait des crises à tous les matins et je ne sais plus quoi faire pour le gérer. En plus, il m’arrive régulièrement d’être en retard au bureau, ce qui devient insupportable pour mon patron. Nous devons trouver une solution, sinon, je risque de perdre mon emploi.

Psychoéducateur : Je vois que c’est une situation délicate pour vous. Regardons ce que nous pouvons faire avec votre petite fille afin que vos matinées deviennent un peu plus agréables. Me permettez-vous de vous poser quelques questions pour bien comprendre la situation ?

Simone : Oui, avec plaisir.

Psychoéducateur : Pourriez-vous me décrire à quoi ressemble votre routine matinale typique avec Emmy ?

Simone : Oui. Du lundi au vendredi, mon cadran sonne précisément à 6h30. Je me lève immédiatement pour réveiller Emmy si ce n’est pas déjà fait puisqu’il est assez lève-tôt. Pour cela, il n’y a donc pas de problème. Ensuite, je lui demande de s’habiller puisqu’elle est bien capable pendant que je prépare le petit déjeuner. À chaque fois que je lui fais cette demande, elle se met à courir partout dans l’appartement et faire n’importe quoi… sauf ce que je lui ai demandé. Elle me dit toujours qu’elle veut jouer avec moi et je lui réponds que nous n’avons pas le temps et que nous jouerons ensemble ce soir. C’est alors que je lui demande à nouveau avec un ton plus ferme. Parfois, il arrive que cela fonctionne mais pour un morceau de vêtement ou deux seulement. Je me dis donc qu’elle n’a pas compris la consigne alors je lui répète régulièrement en alternant entre une voix douce et une voix plus ferme. Pour me permettre d’arriver à l’heure au travail, nous devons quitter l’appartement à maximum 7h30. Souvent, il est 7h20 et Emmy n’est pas encore toute habillée. Et c’est là que je m’énerve. Je dois parfois l’habiller moi-même de force et elle se met à hurler. Je tente de lui expliquer calmement pourquoi elle doit s’habiller mais elle ne veut rien savoir. Lorsque ça se passe relativement bien, nous partons vers 7h40, dans un état de frustration et de stress assez élevé. Croyez-moi, je fais mon possible pour éviter ces crises mais les matins tranquilles sont tout à fait exceptionnels.

Psychoéducateur : Je vous remercie pour ce portrait très clair de la situation. Je crois visualiser assez bien ces fameux matins difficiles entre vous et Emmy. Je dois vous avouer que la dernière phrase que vous avez prononcée a particulièrement attirée mon attention. Si j’ai bien compris, il y a des matins exceptionnels où ça se passe bien ?

Simone : Oui, rarement, mais ça arrive.

Psychoéducateur : D’accord. Pourriez-vous me partager la dernière fois où Emmy et vous avez passé un matin plutôt harmonieux ?

Simone : C’est une bonne question. Attendez que je me souvienne… Ah oui ! Mardi matin, la semaine dernière s’est très bien passée. C’était un miracle !

Psychoéducateur : Wow un miracle ! C’est très intéressant ! Qu’avez-vous fait, Emmy et vous, pour que ça se passe aussi bien lors de ce matin exceptionnel ?

Simone : Je ne sais pas. À bien y penser, c’était un matin comme les autres et Emmy a collaboré.

Psychoéducateur : Pouvez-vous me décrire le plus précisément possible le déroulement de ce matin ?

Simone : D’accord. C’est vrai, ce matin- là, je commençais à 9h00 plutôt qu’à 8h30. Nous avons donc eu un peu plus de temps. Lorsque je suis allé voir Emmy dans sa chambre pour la réveiller, elle était déjà en train de jouer avec ses voitures. Quand je lui ai demandé de s’habiller, elle m’a dit qu’elle voulait jouer aux voitures avec moi avant de s’habiller. Puisque nous avions un peu plus de temps, j’ai accepté mais seulement pour 10 minutes. Emmy était vraiment heureuse et elle m’a expliqué que chaque voiture avait un nom. Selon elle, il y en avait des gentilles et des méchantes. J’avais encore les yeux dans le même trou, mais j’ai tout de même tenté de m’intéresser à ce qu’elle me montrait. Quand je lui ai dit qu’il restait une minute de jeu avant de commencer à s’habiller, elle a dit ‘’ok’’. Une minute plus tard, elle demandait à ses voitures de ne pas se chicaner pendant la journée et elle commençait à enfiler son pantalon, sans se plaindre.

Psychoéducateur : Réalisez-vous le rôle que vous avez joué dans ce matin exceptionnel ?

Simone : En jouant avec elle ?

Psychoéducateur : Oui, vous n’avez pas seulement joué avec elle. Vous l’avez nourrie !

Simone : Pardon ? Vous vous trompez puisque même dans les matins les plus difficiles, Emmy prend son petit déjeuner, sans exception. 

Psychoéducateur : Je n’en doute pas une seconde. Mais je parlais d’une autre sorte de nourriture. Une nourriture affective. Lorsque les enfants se lèvent le matin, ils ont deux estomacs à remplir. Un pour les céréales, les fruits et les rôties et un autre pour la nourriture affective ! Lors de ce matin exceptionnel, sans vous en rendre compte, vous avez nourri les deux estomacs d’Emmy. Étant comblée, elle était beaucoup plus disposée pour effectuer sa routine. Et c’est tout à fait normal, les enfants (et les adultes) ne fonctionnent pas très bien lorsqu’ils ont faim. Qu’en pensez-vous ?

Simone : Je n’avais jamais pensé à cela. Croyez-vous que dorénavant, je devrais me lever 10 minutes plus tôt pour jouer avec Emmy pendant quelques minutes afin que ce premier estomac soit rassasié ?

Psychoéducateur : Je crois que vous venez de répondre à votre propre question. 😊